Pendant longtemps, parler du patrimoine franco-ontarien revenait surtout à dresser la liste de ce qui disparaissait. Églises menacées, bâtiments abandonnés, lieux effacés par la pression immobilière ou l’indifférence.
La réalité est aujourd’hui plus nuancée. À travers l’Ontario, certains édifices sont effectivement en danger immédiat, d’autres ont été sauvés de justesse après des décennies de lutte, tandis que certains existent toujours, debout, mais presque invisibles dans le récit urbain.
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À Toronto, la manufacture Gendron illustre une autre réalité : celle d’un patrimoine officiellement reconnu, mais largement absent du récit public. Construite en 1895, désignée patrimoniale en 1983, elle demeure debout, mais sans réelle mise en valeur.
Pour Rolande Smith, de la Société d’histoire de Toronto, le problème n’est pas l’abandon, mais l’oubli.
« Le bâtiment n’est pas ignoré volontairement, mais il peut tomber dans l’oubli. La désignation protège contre la démolition, mais elle ne garantit pas la reconnaissance ou la fierté collective. »
La disparition de la plaque patrimoniale et l’absence de signalisation accentuent cet effacement. Rolande Smith invite toutefois à la nuance : « Ce n’est pas un complot ni un geste anti-francophone. Parfois, c’est simplement un manque de compréhension de la portée de la désignation. »
Dans une ville en constante transformation, où le façadisme devient monnaie courante, la manufacture Gendron rappelle que préserver une façade ne suffit pas à transmettre une histoire.
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